Analyse du projet de participation de Ségolène Royal
Alors, pourquoi aujourd’hui une réforme constitutionnelle importante ?
L’auteur de ces lignes, la première fois qu’il a entendu Ségolène Royal mettre l’accent sur l’idée de participation, a cru à la récupération, a craint la démagogie. Pourtant, il est nécessaire de considérer les choses sous un autre angle.
Ségolène Royal, à notre avis, ne se contente pas de faire croire habilement aux Français réunis dans les "débats participatifs" que son projet est en fait le leur. Il est possible qu’il y ait là un parfum d’électoralisme. Il serait absurde de le nier. Pourtant, il nous semble que le projet de Ségolène Royal n’est pas simplement une arme électorale. Il s’agit de la reconnaissance d’une grande tendance historique, d’un fait majeur de notre histoire récente, à savoir la volonté de participation au débat public par les citoyens eux-mêmes.
On a parlé de crise, de peurs, d’angoisse populaire à propos du "non" au traité constitutionnel européen. A droite, en particulier, l’étalage de pitié à l’égard des pauvres Français a battu son plein. On ne compte plus les petites phrases qui présentent les Français ’nonistes" comme des petits enfants à qui on n’a pas bien expliqué de quoi il était question.
Suivant en cela l’habitude de Jean-Pierre Raffarin, les hommes politiques dénoncent leur propre manque de "pédagogie", exprimant de facto qu’ils considèrent les Français comme des écoliers qui ne comprennent pas bien, dont l’esprit n’est pas encore bien formé, et à qui il faut présenter de façon adéquate des règles de grammaire européenne qui sont de toute façon contraignantes, qu’ils ne sont pas en droit de contester, mais qu’il faut cependant leur présenter de telle façon qu’ils en saisissent le sens, de telle façon qu’ils en comprennent l’absolue nécessité. Bref, il faut que ces écoliers se soumettent. Volontairement ou non.
Et si vraiment, ils ne comprennent pas, il faudra leur imposer la réalité qu’ils refusent de voir. C’est ainsi que Nicolas Sarkozy, avec plus d’honnêteté peut-être que n’en montre la condescendance bayrouiste, déciderait de faire passer le traité par la voie parlementaire, faisant fi de l’obstination des Français, ces "mauvais élèves" de l’Europe.
Le vocabulaire des sentiments et des émotions rend-il bien compte de la campagne sur le traité ? Non, bien sûr. Il y a là, de la part d’une grande majorité d’hommes politiques, une forte dénégation. Ce qui est ainsi dénié, c’est le fait si évident de la qualité de l’argumentation et de la discussion autour du projet constitutionnel.
Ce qui a constitué l’événement, à notre sens, ce n’est pas seulement le rejet du traité, c’est l’existence même du débat dans le public, en dehors des officines politiciennes. Fait historique majeur : n’ayons pas peur des mots.
C’est ce fait historique majeur que Ségolène Royal nous semble avoir saisi.
extrait d'article du 13.04.2007 - par Vincent Renault, professeur de philosophie - AgoraVox
A travers cette explication, on comprend un peu mieux pour quelle raison 15 à 18 millions de Français(es) n'ont pas encore choisi leur candidat à 10 jours du scrutin du 22 avril 2007.

13/04/07 - 11:00
Très bon post !
Bravo !
nezorizoro